Arvout [Garantie mutuelle]
1933
Car tout Israël est garant l’un de l’autre (Sanhédrin 27b ; Shavouot 39a).
Et c’est cela la notion de l’Arvout [garantie mutuelle], que tout Israël est devenu garant l’un de l’autre. Car la Torah ne leur a pas été donnée avant que chaque membre d’Israël ait été interrogé s’il consent à prendre sur lui la mitsva [commandement] d’aimer autrui, dans la mesure écrite : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », dans toute sa mesure, comme cela est expliqué dans l’article « Le don de la Torah », point 2 et 3, vois là mot à mot. C’est-à-dire que chaque membre d’Israël accepte sur lui de se soucier et de travailler pour chacun des membres de la nation, afin de subvenir à tous ses besoins, pas moins que ce qui est inscrit dans la nature de l’homme, de se soucier de ses propres besoins.
Et après que toute la nation a consenti d’une seule voix et a dit : « Nous ferons et nous entendrons », alors, chaque membre d’Israël est devenu garant qu’il ne manquera rien à aucun des membres de la nation, et alors ils sont devenus dignes de recevoir la Torah et pas autrement. Du fait que, dans cette Arvout générale, chaque individu de la nation est libéré de toutes ses préoccupations pour les besoins de son propre corps, et il peut accomplir la mitsva « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » dans toute sa mesure, et donner tout ce qu’il a à celui qui en a besoin, car il n’a plus peur pour l'existence de son propre corps , car il sait et il est certain que six cent mille amis fidèles se trouvent autour de lui, prêts à se soucier de lui, comme cela est expliqué dans l’article « Le don de la Torah », point 16, vois là.
Du fait de cela, ils n’étaient pas du tout prêts à recevoir la Torah, depuis le temps d’Avraham [Abraham], Yits’hak [Isaac] et Yaakov [Jacob]. Plutôt, ce n’est qu’après qu’ils sont sortis d’Égypte, et qu’ils sont devenus une nation complète à part entière. Car alors une telle réalité devint possible, que chacun serait assuré de tous ses besoins, sans aucune inquiétude ni pensée du tout. Ce qui n’était pas le cas lorsqu’ils étaient encore mêlés parmi les Égyptiens. Et nécessairement, une certaine part de leurs besoins était confiée entre les mains de ces étrangers sauvages, remplis d’amour propre. Il s’ensuit que cette mesure, confiée entre les mains des étrangers, ne serait pas du tout assurée à chaque individu d’Israël. Car ses compagnons ne pourraient pas lui combler ces manques, du fait qu’ils ne sont pas entre leurs mains. Et il a déjà été expliqué que tant que l’individu est préoccupé, ne serait-ce qu’un peu, par ses propres soucis, il n’est pas du tout apte, même à commencer à accomplir la mitsva de « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Et tu trouves clairement que la notion du don de la Torah devait nécessairement être retardée jusqu’au moment de leur sortie d’Égypte, et qu’ils soient une nation à part entière. Autrement dit, jusqu’à ce que tous leurs besoins soient confiés entre leurs propres mains, sans dépendre d’autrui. C’est alors qu’ils furent aptes à recevoir l’Arvout mentionnée. Et alors la Torah leur fut donnée. Il s’ensuit de cela que même après la réception de la Torah, si quelques-uns d’Israël trahissent, et retournent à la souillure de l’amour de soi, sans tenir compte d’autrui, alors cette mesure de besoins confiée entre les mains de ces quelques-uns, trouble chaque individu d’Israël, de devoir s’en soucier lui-même, car ces quelques-uns n’auront aucune pitié pour lui. Et de ce fait, il est empêché d’accomplir la mitsva d’aimer autrui pour tous les enfants d’Israël, comme susmentionné.
De sorte que ceux qui rejettent le joug, se trouvent causer aux observateurs de la Torah de rester dans leur souillure de l’amour de soi, car ils ne pourront pas s’occuper de la mitsva de « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », et se parfaire dans l’amour d’autrui sans leur aide, comme il a été dit.
Voici donc devant tes yeux que tout Israël est garant l’un pour l’autre, tant du côté de l’accomplissement que du côté de la négation. Car du côté de l’accomplissement, c’est-à-dire s’ils accomplissent l’Arvout, jusqu’à ce que chacun veille et comble tous les besoins de ses compagnons, il s’ensuit de cela qu’ils peuvent accomplir la Torah et les mitsvot dans la perfection, c’est-à-dire apporter du contentement à son Créateur, comme il est mentionné dans l’article « Le don de la Torah », point 13. Et aussi du côté de la négation, c’est-à-dire si une partie de la nation ne veut pas accomplir l’Arvout, mais préfère rester plongée dans l’amour propre, alors ils causent au reste de la nation de rester plongée dans leur souillure et leur leur état d'abaissement, sans trouver aucune issue pour sortir de leur état souillé, comme cela a été expliqué.
18) C'est pourquoi le Tanna a expliqué la garantie mutuelle par la parabole de deux hommes qui voyageaient dans un bateau. L'un d'eux se mit à percer un trou sous sa propre place. Son compagnon lui demanda : « Pourquoi perces-tu ? » L'autre répondit : « En quoi cela te regarde-t-il ? C'est sous ma place que je perce, pas sous la tienne ! » Son compagnon lui répondit : « Insensé ! Nous périrons tous les deux ensemble dans ce bateau ! »
Comme nous l'avons expliqué, ceux qui rejettent le joug de la Torah sont plongés dans l'amour de soi et, par leurs actes, dressent une muraille de fer qui empêche ceux qui observent la Torah de commencer ne serait-ce qu'à l'accomplir correctement, c'est-à-dire selon la mesure du verset : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », qui est l'échelle permettant d'atteindre l'adhésion (Dvékout) au Créateur, comme il a été expliqué. Combien sont justes les paroles de cette parabole lorsqu'il lui dit : « Insensé ! Nous périrons tous les deux ensemble dans ce bateau ! »
19) Et Rabbi Eliézer, fils de Rabbi Shimon bar Yohaï, va encore plus loin dans la notion d’Arvout. Et il ne lui suffit pas que tout Israël soit garant l’un de l’autre, mais le monde entier entre lui aussi dans la garantie mutuelle.. Cependant, ils ne divergent pas. Car tous reconnaissent qu’au commencement, une seule nation suffisait pour l'observance de la Torah.. Et cela seulement pour le début de la correction du monde. car il était impossible de commencer avec toutes les nations du monde en une seule fois. Comme l’ont dit nos sages de mémoire bénie, que le Créateur a fait le tour avec la Torah auprès de chaque nation et langue, et ils n’ont pas voulu la recevoir. C’est-à-dire qu’ils étaient plongés dans la souillure de l'amour de soi jusqu'au-dessus de leur nez. Ceux-ci dans la débauche, ceux-là dans le vol, le meurtre, et ainsi de suite. Si bien qu’il n’était même pas pensable, en ces jours-là, de leur parler, s’ils étaient d’accord de se séparer de l’amour de soi.
Et c’est pourquoi le Créateur n’a trouvé aucun peuple ni aucune langue qui soit apte à recevoir la Torah, si ce n’est les enfants d’Avraham, Yits’hak et Yaakov, dont le mérite des pères leur a profité. Et comme l’ont dit nos sages de mémoire bénie : « Les pères ont accompli toute la Torah, avant même qu’elle ne soit donnée. » Ce qui signifie que, du fait de l’élévation de leur âme, ils avaient la capacité d’atteindre et de venir dans toutes les voies du Créateur, dans l’aspect de la spiritualité de la Torah, qui découle de l’adhésion à Lui, sans la préalable échelle des actes de la Torah, qu’ils n’avaient aucune possibilité d’accomplir du tout, comme il a été expliqué dans l’article « Le don de la Torah », point 16.
Sans aucun doute, tant la purification corporelle que l’élévation spirituelle de nos saints pères ont agi beaucoup sur leurs enfants et les enfants de leurs enfants. Et ce mérite leur a profité, à cette génération, dans laquelle chacun des membres de la nation a accepté sur lui ce travail élevé, et chacun a dit à pleine bouche : « Nous ferons et nous entendrons. » Et pour cette raison, nous avons été élus, par nécessité, comme peuple d’élite parmi tous les peuples. Il s’ensuit que seuls les enfants de la nation d’Israël sont entrés dans l’Arvout requise. Et non les enfants des nations du monde, car ils n’ont pas participé à la chose. Et cela est simple, car c’est une réalité. Et comment Rabbi Eliézer pourrait-il être en désaccord avec cela ?
20) Cependant, la fin de la correction du monde ne peut avoir lieu, si ce n’est par l’introduction de tous les habitants du monde dans le secret de Son service, comme il est dit : « Et le Créateur sera Roi sur toute la terre, en ce jour-là le Créateur sera Un et Son Nom Un. » Et le verset a précisé : « en ce jour-là », et non avant cela. Et de même, plusieurs versets : « Et la terre sera remplie de la connaissance du Créateur, etc. », « Et toutes les nations afflueront vers Lui, etc. »
Cependant, la fonction d’Israël envers le monde entier est semblable à la fonction de nos saints ancêtres envers la nation d’Israël. Autrement dit, de même que le mérite de nos ancêtres nous a permis de nous développer et de nous purifier, jusqu’à ce que nous soyons devenus dignes de recevoir la Torah. Car, sans nos ancêtres, qui ont accompli toute la Torah avant qu’elle ne soit donnée, nous n’aurions pas été meilleurs que les autres nations, comme il a été mentionné dans le point 19, évidemment.
De même, il incombe à la nation d’Israël, par l'étude de la Torah et des mitsvot lishma, se rendre aptes eux-mêmes et les habitants du monde entier, jusqu’à ce qu’ils se développent pour accepter sur eux ce travail élevé de l’amour d’autrui, qui est l’échelle vers le but de la création, qui est l'adhésion au Créateur, comme cela a été expliqué.
Ainsi, chaque Mitsva qu'un individu d'Israël accomplit afin d'apporter du contentement à son Créateur, et non en vue d'une quelconque récompense ou par amour de soi, produit par là même une certaine mesure de développement chez tous les habitants du monde. Car la chose ne se fait pas d’un seul coup, mais par un développement graduel, petit à petit, jusqu'à ce que ces actes s'accumulent dans une mesure suffisante, de sorte qu’ils puissent faire pencher tous les habitants du monde vers la purification désirée. Et c’est ce qui est appelé dans l’expression de nos sages « faire pencher la balance du mérite », la mesure de purification est complète. Et ils ont comparé la chose à celui qui pèse sur un plateau de balance, où faire pencher le plateau, c’est l’achèvement du poids désiré par celui qui pèse.
21) Tels sont les mots de Rabbi Élazar, fils de Rabbi Shimon, qui a dit que le monde est jugé selon sa majorité, se référant au rôle de la nation d’Israël pour rendre le monde apte à atteindre une certaine purification jusqu’à ce que tous deviennent dignes d'accepter sur eux le service du Créateur, tout comme Israël lui-même était devenu digne au moment du don de la Torah. C'est ce que nos sages appellent « avoir atteint la majorité des mérites », de sorte que le plateau du mérite l'emporte sur celui de la culpabilité, c'est-à-dire sur l'amour de soi souillé.
Bien sûr, si le côté des vertus, qui est la compréhension élevée de la nature de l'amour du prochain, dépasse l’immonde côté des défauts, ils deviennent aptes à décider et sont d’accord et disent « Nous ferons et nous écouterons », comme Israël a dit. Mais avant cela, c’est-à-dire avant qu’ils ne soient récompensés de la majorité des vertus, il est évident que l'amour de soi l'emporte, de sorte qu'ils refusent d'accepter Son joug..
Nos sages ont dit : « Quiconque accomplit une Mitsva, il se juge et le monde entier favorablement », c’est-à-dire qu’il ajoute sa part individuelle d’Israël à la quantité finale nécessaire, comme celui qui pèse des graines de sésame en les ajoutant une à une sur la balance, jusqu’à ce qu’il y en ait assez pour changer l’équilibre de celle-ci. Il est évident que chacun apporte sa part à ce changement, sans quoi la décision aurait été incomplète.
C’est par l’acte que chaque individu d’Israël fait qu'il fait pencher le monde entier du côté du mérite, car quand la pesée est terminée et que le monde entier est jugé favorablement, chaque individu aura pris part à ce changement et que sans son action, la décision aurait manqué.
Rabbi Élazar, fils de Rabbi Shimon, ne contredit donc pas l'enseignement de nos sages selon lequel « tout Israël est garant les uns des autres ». Rabbi Élazar parle de la correction future du monde entier, tandis que nos sages parlent de la situation présente, où seul Israël a accepté la Torah.
22) C’est ce dont parle Rabbi Élazar, fils de Rabbi Shimon, à propos du verset : « Un seul pécheur fait perdre beaucoup de bien. » Parce qu’il a déjà été démontré (point 20) que l’impression que ressent quelqu’un qui s’engage dans les commandements entre l’homme et son Créateur est exactement la même que celle qu’il ressent lors de l’engagement dans les commandements entre l’homme et son semblable.
Parce qu’il faut qu’il accomplisse tous les commandements en Son nom, sans aucun espoir d’amour égoïste, c’est-à-dire qu’aucune lueur d’espoir ne lui revient sous la forme de récompense, honneur, etc. Car ici, dans ce point élevé, l’amour du Créateur et l’amour du prochain se rejoignent et deviennent effectivement un (point 15).
Il s’avère qu’il y a un certain degré de progression sur l’échelle de l’amour du prochain chez tous les peuples du monde, car ce degré que cet individu provoque dans ses actions, qu’elles soient petites ou grandes, finira par rejoindre dans le futur le changement du monde favorablement, parce que sa part est ajoutée au poids sur la balance (point 20, l’exemple des graines de sésame).
Celui qui commet une infraction, qui ne peut surmonter ni conquérir son immonde amour égoïste, celui-ci se répand furtivement et juge l’homme et le monde entier défavorablement. Parce qu’avec la révélation de la fange de l’amour égoïste, la basse nature de la Création est renforcée et il se trouve qu’il diminue d’une certaine mesure le caractère favorable de la décision finale, de la même façon qu’une personne reprendrait de la balance la graine de sésame que son ami y avait mise, ce qui élèverait d’autant le mauvais côté de la balance. Ce qui se passe, c’est qu’elle fait reculer le monde, comme il est dit : « Un seul pécheur fait perdre beaucoup de bien. » Parce qu’elle n’a pu retenir son désir mesquin, elle a fait reculer la spiritualité du monde entier.
23) Par ces mots, on comprend clairement ce qui a été dit avant (point 5) au sujet de la Torah qui a spécialement été donnée à la nation d’Israël, car il est sûr et certain que le but de la Création est sur les épaules des humains dans leur ensemble, qu’ils soient noirs, blancs ou jaunes sans aucune différence fondamentale.
Mais à cause de la descente de la nature humaine au degré le plus bas, qui est l’amour égoïste qui règne sur l’humanité entière, il n’y avait pas moyen de négocier avec eux ni de leur expliquer de se rendre et de prendre sur eux, même comme une vaine promesse, de sortir de leur monde exigu vers les vastes espaces de l’amour du prochain, exception faite des membres de la nation d’Israël, car ils étaient en esclavage dans le luxueux royaume d’Égypte pendant quatre cents ans et souffraient épouvantablement.
Nos sages disaient : « Comme le sel édulcore la viande, le tourment affine les transgressions de l’homme », c’est-à-dire qu’il apporte au corps une grande purification. De plus, la purification de leurs pères rejaillit sur eux (point 16), c’est ce qui importe, comme en témoignent plusieurs versets de la Torah.
Selon ces deux considérations, ils étaient prêts pour cela et c’est pourquoi nous parlons d’eux au singulier : « Et là Israël campa devant la montagne », que nos sages interprètent comme un homme avec un seul cœur. Parce que chaque personne de la nation s’est détachée complètement de tout amour égoïste et voulait seulement faire plaisir à son ami, comme nous l’avons montré ci-dessus (point 16) d’après le commandement « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Il s’avère que tous les individus de la nation se sont regroupés et sont devenus un seul cœur et un seul homme, ils ont alors mérité de recevoir la Torah.
24) Donc, selon la nécessité décrite ci-dessus, la Torah n’a été donnée qu’à la nation d’Israël, descendante d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, car il était inconcevable qu’un étranger y prenne part. À cette fin, la nation d’Israël a été établie comme une sorte de relais à travers lequel les étincelles de purification passeraient et brilleraient sur l’ensemble du genre humain.
C’est ainsi que ces étincelles se multiplient chaque jour, tel un trésor, jusqu’à ce qu’elles atteignent la quantité désirée, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elles se développent et viennent à comprendre l’agrément et la paix qui sont au cœur de l’amour du prochain. Car elles sauront alors comment faire pencher la balance favorablement et elles entreront de plein gré sous Son joug, et le mal sera éliminé de la surface de la Terre.
25) Il nous reste maintenant à compléter ce qui a été dit ci-dessus (point 16) à propos de la raison pour laquelle la Torah n’avait pas été donnée à nos pères, parce que le commandement « tu aimeras ton prochain comme toi-même » — qui est l’axe autour duquel gravite toute la Torah, et tous les commandements qui l’entourent la clarifient et l’interprètent — ne peut être observé par un individu, sauf au travers du consentement préalable d’une nation entière.
C’est pourquoi il a fallu attendre la sortie d’Égypte pour qu’ils deviennent dignes de l’observer et alors il a été demandé à chacun des membres de la nation s’il acceptait de prendre sur lui ce commandement. Après l’avoir accepté, la Torah leur a été donnée. Cependant, il reste à voir où trouver dans la Torah qu’une telle question ait été posée aux enfants d’Israël et qu’ils y ont consentie avant de recevoir la Torah ?
26) Sachez que ces choses sont évidentes pour toute personne instruite, dans l’invitation que le Créateur a envoyée à Israël par l’intermédiaire de Moïse avant que la Torah ne soit reçue, comme il est dit : « Ainsi, maintenant, si en effet vous obéissez à Ma voix et si vous gardez Mon alliance, alors vous serez Mon trésor personnel d’entre tous les peuples — car toute la terre M’appartient — et vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte. Telles sont les paroles que tu diras aux enfants d’Israël ». Et Moïse vint et appela les anciens du peuple, et il leur exposa toutes les paroles que le Créateur lui avait dictées, et tout le peuple unanimement répondit : “Tout ce que le Seigneur a dit nous le ferons.” Et Moïse rapporta au Seigneur les paroles du peuple. »
Ces mots n’ont pas l’air d’aller avec leur rôle, car le bon sens nous dit que si une personne offre à son ami de faire quelque travail et qu’elle veut que celui-ci l’accepte, elle devrait lui donner un exemple du contenu de ce travail et lui dire combien elle le paiera. Ce n’est qu’à ce moment que l’ami peut décider s’il accepte ou non ce travail.
Mais ici, nous ne trouvons ni un exemple du contenu du travail ni le salaire dans les deux versets. En effet, il dit « Si en effet vous obéissez à Ma voix et si vous gardez Mon alliance », mais il n’explique pas ce qu’est la voix et ne nous dit pas en quoi consiste l’alliance. Ensuite, il dit : « Alors vous serez Mon trésor personnel d’entre tous les peuples — car toute la terre M’appartient », mais nous ne pouvons pas déduire de ces mots s’Il nous ordonne de travailler à être un remède pour tous les peuples, ou si cela est une promesse pour nous [NDT : Ségoula, en hébreu, veut dire « remède », mais signifie aussi « pouvoir ». Ici, il est cependant traduit par « trésor »].
Nous devons aussi comprendre le lien qui existe avec les mots « Car la terre entière M’appartient », au regard de ces trois interprétations : Onklos Jonathan Ben Ouziel et le Jérusalmi, Rachi et Nachmanide. Toutes les interprétations essaient de modifier cette phrase et Eben Ezra dit au nom de Rabbi Marinos que le mot « car » doit être interprété comme « bien que », et il interprète la phrase comme ceci : « D’entre tous les peuples, vous serez alors Mon trésor personnel — bien que la terre entière M’appartienne. » Eben Ezra lui-même a tendance à être d’accord avec cela. Mais cette interprétation ne correspond pas à ce qu’ont dit nos sages, à savoir que « car » peut avoir quatre significations : « ou », « à moins que », « mais », « que ».
Il ajoute une cinquième interprétation — « bien que » —, et ensuite le verset finit par « Et vous serez pour Moi un royaume de prêtres et une nation sainte. » Mais ici aussi il n’est pas évident, à partir du texte, de savoir s’il s’agit d’un commandement et d’une obligation de s’y engager, ou si c’est une promesse. L’expression « un royaume de prêtres » n’est pas répétée ailleurs et n’est expliquée nulle part dans toute la Bible. Nous devons principalement nous attarder à définir la différence entre « un royaume de prêtres » et « une nation sainte ». Car la signification ordinaire de la prêtrise a une dimension de sainteté et il devient alors évident qu’un royaume où tout le monde est prêtre relève de la nation sainte ; dès lors, dans le texte, l’expression « nation sainte » semble être redondante.
27) Cependant, selon toutes les interprétations que nous avons faites jusqu’ici, nous avons appris la vraie signification de ces mots à la lumière d’une négociation assortie d’une offre et d’un consentement, c’est-à-dire qu’Il leur offre vraiment par ces mots la modalité et le contenu du travail de la Torah et des commandements, ainsi que toute la récompense qui en découle.
Le travail de Torah et des commandements est exprimé dans les mots « Et vous serez pour Moi un royaume de prêtres », c’est-à-dire que vous tous, des plus jeunes au plus vieux, serez comme des prêtres. Tout comme les prêtres n’ont pas de possessions en ce monde matériel, car le Créateur est leur possession, la nation entière sera organisée de façon que la terre entière et tout ce qui en fait partie soient dédiés au Créateur. Aucun individu sur la terre ne s’engagera dans autre chose que d’observer les commandements du Créateur et de satisfaire les besoins de son prochain, de sorte qu’aucune personne ne manquera de rien et n’aura jamais à se préoccuper de ses besoins personnels.
De cette façon, même les travaux des champs tels que la moisson, les semailles et autres seront au même niveau que le travail de sacrifice que les prêtres accomplissaient dans le Temple, car pourquoi aurais-je besoin du commandement de sacrifier au Créateur et pourquoi observer le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Le fait est que celui qui moissonne son champ pour nourrir son prochain ressemble à celui qui fait des sacrifices au Créateur. Bien plus, il semble que le commandement d’« Aimer ton prochain comme toi-même » soit plus important que celui de faire des sacrifices, comme nous l’avons vu ci-dessus (points 14 et 15).
Cependant, nous n’avons pas encore terminé l’explication, car la totalité de la Torah et des commandements ont été donnés dans le seul but de purifier Israël, c’est-à-dire la purification du corps (voir point 12), après quoi Israël recevra la vraie récompense, qui est l’adhésion à Lui, qui est le but de la Création (voir point 6). Cette récompense est exprimée dans les mots « une nation sainte ».
Par l’adhésion à Lui, nous avons été sanctifiés, comme il est dit : « Vous serez saints, car Moi, le Seigneur votre Dieu, Je suis saint ». Vous voyez que les mots « un royaume de prêtres » expriment l’entière modalité du travail sur l’axe d’« aimer son prochain comme soi-même », c’est-à-dire un royaume composé uniquement de prêtres dont le Créateur est la possession et qui n’ont aucun bien personnel parmi les possessions du monde. Nous devons admettre que ceci est la seule définition qui nous permette de comprendre les mots « un royaume de prêtres », car nous ne pouvons interpréter les sacrifices sur l’autel, puisque cela ne pourrait être dit de la nation entière, car qui seraient les sacrificateurs ?
De même, concernant les cadeaux à la prêtrise, qui les feraient ? Et aussi, concernant la sainteté des prêtres, il a déjà été dit « une nation sainte ». Ainsi, cela doit sûrement vouloir dire que le Créateur est leur possession et qu’il n’existe aucune possession matérielle pour eux-mêmes, d’où la mesure des mots « tu aimeras ton prochain comme toi-même » qui englobent la Torah toute entière. Les mots « une nation sainte » expriment la forme de la récompense totale, qui est l’adhésion.
28) Désormais, nous comprenons parfaitement les mots précédents, car il est dit : « Maintenant, si en effet vous obéissez à Ma voix et gardez Mon alliance », c’est-à-dire que Je fais une alliance sur ce que Je vous dis ici, que vous allez devenir un remède pour toutes les nations, c’est-à-dire vous serez Mon remède à travers qui les étincelles de purification du corps passeront à tous les peuples et les nations du monde, du fait que les nations du monde ne sont pas encore prêtes pour cela, et que J’ai besoin d’une nation pour démarrer le processus et être un remède pour toutes les peuples. Donc, il termine par « car la terre entière M’appartient », c’est-à-dire que tous les peuples de la terre M’appartiennent et sont destinés à adhérer à Moi comme vous le faites (voir point 20).
Mais tant qu’ils sont incapables d’effectuer cette tâche, J’ai besoin d’un peuple vertueux, et si vous acceptez d’être le remède de toutes les nations, Je vous l’ordonne, vous serez pour Moi « un royaume de prêtres », qui est l’amour du prochain dans sa forme finale de « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », qui est l’axe de toute la Torah et des commandements. « Une nation sainte » est la récompense dans sa forme finale de l’adhésion à Lui et inclut toutes les récompenses jamais conçues.
C’est ainsi que nos sages ont interprété la fin « Telles sont les paroles que tu diras aux enfants d’Israël » ils ont précisé que « Telles sont les paroles », signifient « pas plus », « ni moins ».
Est-il concevable que Moïse ait pu ajouter ou retrancher à la parole du Créateur de telle sorte qu’il ait fallu l’en avertir ? On ne trouve rien de tel dans toute la Torah, au contraire, la Torah dit de lui : « Car il est celui en qui Je fais confiance dans toute Ma maison. »
29) Maintenant, nous pouvons réellement comprendre la finalité de ce travail, comme elle est expliquée dans les mots « un royaume de prêtres », qui est la définition finale de « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », et qu’il est concevable que Moïse se soit retenu et n’ait pas donné un aperçu complet du travail en une seule fois, de peur qu’Israël ne veuille pas se détacher des possessions matérielles ni ne remette sa fortune et ses biens au Créateur, comme il est dit dans les mots « un royaume de prêtres ».
Ceci est assez comparable à ce qu’écrivait Maïmonide, qu’il ne faut pas dévoiler aux femmes ni aux enfants le travail en lui-même, qui doit pas être fait dans le but de ne pas être récompensé, mais qu’il faut attendre qu’ils grandissent et s’instruisent et aient le courage de l’exécuter. Ainsi, le Créateur l’avertit de ne faire « pas moins » que de leur offrir la vraie nature du travail avec toute sa sublimité comme il est exprimé dans les mots « un royaume de prêtres ».
En ce qui concerne la récompense qui est définie dans les mots « une nation sainte », ici aussi Moïse aurait pu penser à interpréter et élargir un peu plus le sujet de l’agrément et de la sublime subtilité ancrée dans l’adhésion à Lui, pour qu’ils se rapprochent et acceptent cette merveilleuse chose de se détacher des possessions de ce monde comme le font les prêtres. Mais il a été averti de « pas plus », et simplement se taire et ne pas interpréter ce qu’est la récompense incluse dans les mots uniquement « une nation sainte ».
La raison à cela est que s’il leur avait dévoilé les choses merveilleuses qui sont dans l’essence de la récompense, ils auraient accepté Son travail de façon à obtenir pour eux cette belle récompense, ce qui aurait été considéré comme travailler pour eux-mêmes, par égoïsme, là où toute intention est déformée (voir point 13).
Ainsi, nous voyons qu’en ce qui concerne la modalité du travail qui est exprimé dans les mots « un royaume de prêtres », il lui a été dit « ni moins » ; et à propos de la mesure de la récompense exprimée par les mots « une nation sainte », il lui a été dit « ni plus ».