Accueil / Articles / Pour quelle raison cherche-t-on du sens à la vie?
Jui 26 , 2026

Pour quelle raison cherche-t-on du sens à la vie?

La sagesse que l’on doit connaître : connaître et observer le secret de son Maître, se connaître soi-même, savoir qui l’on est, comment on a été créé, d’où l’on vient et où l’on va, comment le corps se corrige, et comment l’on sera jugé par le Roi de tous.
Connaître et observer le secret de l’âme. Quelle est cette âme en lui ? D’où vient-elle, et pourquoi vient-elle dans ce corps, qui n’est qu’une goutte immonde, présente aujourd’hui, et demain dans la tombe ? Connaître le monde dans lequel on se trouve, et pour quelle finalité ce monde sera corrigé. Ensuite, il convient d’observer les secrets sublimes du monde supérieur, afin de connaître son Maître. Et tout cela, on l’observe à partir des secrets de la Torah.
Zohar pour Tous, Zohar Hadash, Cantique des Cantiques, « La sagesse que l’on doit connaître », articles 482-483.

Tout ce qui se meut dans l’homme prend son origine dans le désir. L’homme mange parce qu’il y a en lui un désir de nourriture ; il se repose parce qu’il y a en lui un désir de confort ; il étudie parce qu’il y a en lui un désir de savoir ; il travaille parce qu’il y a en lui un désir de sécurité ; il recherche la connexion parce qu’il y a en lui un désir d’être comblé à travers autrui. Même lorsque l’homme semble agir à l’encontre de son désir, il existe encore un désir qui opère à ce niveau : un désir d’éviter la souffrance, d’atteindre un but plus élevé, d’être respecté, de comprendre, d’appartenir, ou de trouver un sens.

Avant de poursuivre, il convient de clarifier plusieurs axiomes simples que nous trouvons dans la sagesse de la Kabbale. Il ne s’agit pas encore de notions proprement spirituelles, mais ces principes permettent d’expliquer le mouvement fondamental du désir, et ils seront employés tout au long de cet article.

  1. Le désir est mis en mouvement par le plaisir et la souffrance. Le plaisir attire la personne, tandis que la souffrance la repousse.
  2. Une personne désire quelque chose parce qu’elle sent, ou bien déduit, que cette chose lui apportera davantage de plaisir que de souffrance.
  3. Lorsqu’une personne attend du plaisir de quelque chose, elle lui accorde de l’importance. Plus cette chose devient importante, plus la personne la désire.
  4. Plus une personne désire quelque chose sans le posséder, plus le manque se fait sentir. Or, un manque ressenti équivaut à une souffrance, qu’elle soit petite ou grande.
  5. Plus le manque est grand avant la réception, plus le plaisir est grand lorsque la chose désirée est reçue.
  6. Ainsi, le plaisir dépend du manque. Plus le manque est grand, plus le plaisir est grand ; plus le manque est petit, plus le plaisir est petit.
  7. Cependant, lorsque le plaisir est reçu, le manque diminue. Ainsi, plus on reçoit du plaisir, moins ce même plaisir donne satisfaction.

C’est précisément pour cette raison que le désir peut être considéré comme la matière première de la vie humaine. Il n’est pas difficile de le constater : s’il n’y avait aucun manque, il n’y aurait aucun mouvement ; si rien ne faisait défaut, aucune question ne surgirait, aucun effort ne serait fourni, et aucun développement ne serait requis. C’est le manque qui éveille le mouvement vers le remplissage, et c’est ce mouvement qui constitue la trame même de toute l’existence humaine.

Or, la sagesse de la Kabbale part de ce même point, mais elle poursuit l’analyse jusqu’à la racine. Elle enseigne en effet que l’être créé est, en son essence, un désir de recevoir du plaisir. Ce qui signifie que le désir ne constitue pas simplement l’une des nombreuses qualités présentes chez l’homme, aux côtés de la pensée, du sentiment, de la mémoire, etc. ; bien plutôt, le désir est le lieu ou la cause à partir desquels toutes ces qualités sont éprouvées. Tout ce que l’homme nomme “vie” apparaît à l’intérieur du désir, selon ce dont ce désir est rempli ou privé, et, plus encore, selon ce vers quoi il tend et ce qu’il s’attend à recevoir.

C’est pourquoi il est considéré que ce désir de recevoir mentionnée ci-dessus constitue l’entière substance de la création, depuis son commencement jusqu’à sa fin. Ainsi, tous les êtres créés, dans la totalité de leurs innombrables manifestations et conduites, qu’elles soient déjà apparues ou qu’elles doivent encore apparaître, ne sont en réalité que des mesures et des valeurs diverses de le désir de recevoir. Tout ce qui existe dans ces êtres créés, c’est-à-dire tout ce qui est reçu à l’intérieur de le désir de recevoir qui leur est imprimée, s’étend à partir de Son Essence, existence provenant de l’existence. Il ne s’agit en aucune façon d’une création nouvelle, d’une existence issue de l’absence, car il n’y a là rien de nouveau du tout ; il s’agit bien plutôt d’une extension de Son Infinie Existence, existence issue de l’existence.
Baal HaSoulam, Introduction à la Sagesse de la Kabbale

Il en va jusqu’à dire que, s’il n’existait aucun désir, il n’y aurait aucune réalité perceptible. Et même avant d’en arriver à une telle absence totale de désir, on peut déjà observer ce même principe de manière progressive : lorsque le désir est faible, la réalité se ressent de façon étroite et limitée ; lorsque le désir croît, davantage de choses commencent à éveiller l’attention, à susciter des calculs — espoir, crainte, et signification (cf. axiomes 2 et 3 : ce que le désir attend comme devant procurer du plaisir acquiert de l’importance, et ce qui acquiert de l’importance commence à occuper la perception de la personne).

Un désir rempli peut faire apparaître la réalité comme vivante et pleine de sens, du fait que de nombreuses choses semblent alors reliées au plaisir ; et, comme il a été dit précédemment, ce plaisir met l’homme en mouvement, il commence à devenir dynamique et à être dirigé vers toutes sortes de directions. Un désir vide, en particulier lorsqu’il s’est développé et ne peut trouver de satisfaction, peut faire apparaître cette même réalité comme vide, car la personne ne perçoit plus ce qui pourrait véritablement la remplir ; il n’y a alors plus aucun mouvement dans lequel la personne éprouverait une quelconque valeur. Ainsi, l’état du désir devient la base la plus déterminante du remplissage et de la perception.

Nous ne pouvons atteindre aucune réalité telle qu’elle est en elle-même ; en réalité, nous n’atteignons toute chose qu’en fonction de nos sensations, et la réalité en tant que telle, c’est-à-dire la réalité en elle-même, ne nous intéresse absolument pas. Dès lors, nous n’atteignons pas non plus la Torah dans son essence propre ; nous atteignons uniquement nos sensations. Ainsi, toutes nos impressions ne suivent que nos sensations.
Baal HaSoulam, Shamati, Article n°66, « À propos du don de la Torah – 1 »

Il s’ensuit que le développement de l’homme est aussi, et peut-être avant tout, le développement du désir. Dans un premier temps, le désir se manifeste sous des formes simples : le repos, la nourriture, la famille, ainsi que les besoins immédiats sans lesquels la vie ne saurait se poursuivre. Par la suite, ce désir s’élargit en direction de la société, de l’honneur, du contrôle ; puis il s’étend vers la connaissance, et finalement vers le sens même de l’existence.

Cependant, il convient de souligner que ces désirs ne constituent nullement des ajouts accidentels à la vie ; ils révèlent, au contraire, la manière dont le désir de recevoir se développe et exige un remplissage à la fois plus grand et plus raffiné. Ce qui, autrefois, suffisait à satisfaire le désir, ne le satisfait plus de la même manière, du fait que le désir lui-même a changé (cf. axiomes 5 et 6 : le plaisir se mesure selon le manque qui le précède, et lorsque le manque devient plus grand, le même remplissage ne procure plus le même plaisir). Un enfant peut être comblé par des plaisirs simples, parce que le manque est encore simple ; autrement dit, la vie lui paraît complète avec ces seuls plaisirs. Mais, avec le temps, bien que ces mêmes choses remplissent toujours le désir, elles n’apportent plus la même quantité de plaisir, comme il est dit dans l’axiome 7 : ainsi, le désir croît, et il exige davantage de plaisir pour être comblé ; l’homme a alors besoin de reconnaissance, d’indépendance, et ainsi de suite, besoins qui sont déjà bien plus complexes que le désir de nourriture, par exemple.

Et bien qu’il soit manifeste que, tout au long de la vie, des manques plus ou moins grands peuvent survenir, et que ceux-ci peuvent être comblés avec plus ou moins de facilité, il demeure que le point de transition entre ces différents stades de l’existence se révèle, en général, d’une rudesse bien plus grande. En effet, l’homme a appris, tout au long de sa vie, que ces remplissages particuliers étaient précisément ce qui lui apportait la satisfaction ; or, il se trouve qu’ils ne l’apportent plus. Rien de ce que l’homme perçoit dans sa réalité n’a plus de valeur ni de sens, du fait même que l’ensemble de cette réalité a toujours été mesuré à l’aune de ce désir. Ainsi, lorsque ce désir croît au-delà des remplissages antérieurs, il ne s’agit plus simplement pour l’individu d’un manque relatif à un plaisir particulier ; c’est la mesure intérieure même à partir de laquelle la vie lui apparaissait comme dotée de sens qui commence à lui faire défaut. Ce qui, autrefois, le mettait en mouvement ne l’anime plus, et il ne subsiste plus aucun but à ses jours ; dès lors, l’homme commence à ressentir un manque qui, pour l’instant, demeure sans nom.

« Lorsque l’on ne possède rien avec quoi nourrir son corps, c’est-à-dire lorsque l’on ne ressent aucun plaisir, on commence aussitôt à réfléchir au but de la vie. […] Cela revient à dire que l’homme relève la tête hors des courants de la vie, là où se trouvent toutes les créatures, lesquelles n’ont aucun temps pour s’interroger sur leur propre existence ; au contraire, elles suivent simplement le courant, là où l’eau les mène. Et il n’y a personne qui puisse voir la fin, c’est-à-dire l’endroit où le courant de la vie conduit. Seul celui qui, du fait du manque de plaisir, relève la tête afin de contempler le but de la vie, peut le faire. »
Rabash, Article 7 (1987), Le Miracle de Hanoucca

Selon l’axiome 3, il en découle également que ce qui, à un moment donné, possédait une importance, finit par la perdre, précisément parce que le désir ne s’attend plus à trouver du plaisir en cela. Et c’est dans ce désir qui a grandi, mais qui demeure vide entre ces périodes de transition, que l’on peut découvrir de nouvelles voies de satisfaction. Dès lors, l’homme passe de la nourriture et de la famille à l’honneur et à l’argent, puis à la connaissance, et ainsi de suite. Plus le désir était grand avant qu’il ne soit nécessaire de sortir de cet état de vide, plus la transition s’avère difficile et rude. Il faut comprendre que l’évolution et le développement de l’être humain dans la vie ne s’opèrent que de cette manière : il existe un désir à remplir de plaisir, ce désir croît, le plaisir ne suffit plus, et il doit alors être comblé par quelque chose de plus grand. Autrement dit, pour reprendre la formulation précédente et adopter une perspective plus générale : d’abord, la vie apparaît pleine et satisfaisante, puisque tout ce qui vient combler le désir procure du plaisir ; puis, ce même comblement n’apporte plus la même mesure de plaisir, car le désir s’est accru, ce qui signifie qu’il s’est aussi creusé, qu’il est devenu plus vide ; autrement dit, la vie semble perdre de sa consistance, car moins de choses parviennent à procurer du plaisir. Il s’agit là de l’action répétée des axiomes 6 et 7 : le plaisir dépend du manque, cependant la réception vient réduire ce manque, et c’est pourquoi un même remplissage perd progressivement sa capacité à satisfaire.

Il arrive cependant un moment où le désir parvient à un état tel que les transitions familières ne produisent plus les mêmes effets, ni ne fonctionnent selon les schémas antérieurs. Jusque-là, chaque fois qu’une forme de remplissage perdait sa force, une autre pouvait se présenter comme supérieure, promettant un plaisir plus grand ; mais lorsque le désir s’est développé à travers de nombreuses formes successives, il en vient à ressentir que le problème ne réside plus uniquement dans l’absence d’un remplissage particulier. L’individu peut bien reconnaître encore la possibilité de nombreux plaisirs, réalisations ou expériences, et pourtant, aucun d’entre eux ne paraît en mesure de répondre véritablement au manque qui s’est éveillé en lui. À ce stade, la difficulté ne se réduit plus au simple fait de manquer d’un plaisir connu ; il s’agit, conformément à l’axiome 2, de l’incapacité du désir à déduire clairement ce qui pourrait désormais lui procurer davantage de plaisir que de souffrance. Et même si l’homme parvenait à réunir tous ces plaisirs, cela ne serait plus, là non plus, satisfaisant. Dès lors, qu’est-ce qui mettra un terme à cette souffrance ?

En vérité, si nous appliquions notre cœur à répondre à une seule question, célèbre entre toutes, je suis certain que toutes ces interrogations et tous ces doutes disparaîtraient de notre horizon, et que l’on chercherait leur place pour constater qu’ils ne s’y trouvent plus ; à savoir, cette question indignée que le monde entier se pose : « Quel est le sens de ma vie ? » Autrement dit, ces années de vie qui nous sont décomptées et qui nous coûtent si cher, toutes ces peines et tous ces tourments que nous endurons pour les mener à leur terme le plus complet, qui donc en jouit véritablement ? Ou, pour le dire avec une précision plus grande encore : à qui est-ce que je procure du plaisir ?
Baal HaSoulam, Préface à l’Étude des Dix Sefirot

Aussi longtemps que le désir sait ce qui peut le remplir, l’homme recherche ce remplissage. Lorsque la nourriture vient à manquer, il cherche de la nourriture ; lorsque c’est l’honneur qui fait défaut, il cherche l’honneur ; et ainsi de suite. Cependant, lorsque le manque demeure, même après que de nombreux remplissages possibles ont été goûtés, la question change alors de forme. Elle n’est plus seulement : « Qu’est-ce qui peut me donner du plaisir ? », mais devient : « Quel est le but de tous ces plaisirs, si aucun d’eux n’apporte un remplissage durable ? » De cette manière, le désir commence à s’interroger sur lui-même : « Pourquoi le plaisir ne s’atteint-il qu’au prix de la souffrance ? Et non seulement cela, mais pourquoi le plaisir finit-il par se vider de lui-même ? Et pourquoi, en fin de compte, parmi tout ce qui arrive, la vie est-elle remplie de plus de souffrances que de plaisirs ? Quelle est la cause de tout cela, à quoi tout cela sert-il, et qu’attend-on de moi ? Rien de ce que j’ai expérimenté au cours de ma vie ne m’apporte plus aucune joie. »

À quel point le cœur de l’homme est-il endurci, puisqu’il ne prête aucune attention aux paroles de ce monde-là. Le mal qui réside dans le cœur, et qui s’attache à tous les organes du corps, agit ainsi sur eux. « Il est un mal que j’ai vu sous le soleil, et il pèse lourdement sur les hommes. » Ce mal, c’est la force du mal dans le cœur qui cherche à dominer les affaires de ce monde-ci, sans se soucier des affaires de ce monde-là.
Le Zohar pour Tous, BeHaalotekha [Lorsque tu allumeras les lampes], « Dieu ne lui a pas donné le pouvoir de manger d’eux », Article 140

Et il n’est pas d’argument qui semble pouvoir étouffer ces questions. Dans la Kabbale, c’est précisément là que se présente l’opportunité du développement d’un nouveau stade, car à partir de ce moment, dans la mesure où l’homme nourrit ce point que la Kabbale nomme « le point dans le cœur », alors il progresse vers sa racine, qu’il recherche précisément à travers ces questions.

On l’appelle un point parce qu’au commencement, il ne s’agit pas encore d’un récipient complet, mais seulement du premier éveil d’un désir orienté vers la racine même de la vie. Nourrir ce point signifie accorder de l’importance à cette question, au lieu de la recouvrir par des réponses provisoires. C’est à partir de là que la sagesse de la Kabbale commence à devenir pratique, car, à ce stade, le point dans le cœur ne fait qu’indiquer que le désir est parvenu à un état où sa racine doit être découverte. Dès lors, la question suivante est celle de la correction du désir : comment le désir de recevoir, qui expérimente la vie à travers le manque et le remplissage, peut-elle acquérir une forme nouvelle, par laquelle le but de la création devient accessible à l’atteinte.

En réalité, toutes les conduites de la création, dans chacun de ses recoins, dans chacune de ses entrées et de ses sorties, sont entièrement préétablies dans le but de nourrir l’espèce humaine de l’intérieur, afin d’améliorer ses qualités jusqu’à ce qu’elle soit capable de percevoir le Créateur comme l’on ressent son ami. Ces ascensions sont semblables aux échelons d’une échelle, ordonnés degré après degré, jusqu’à ce qu’elle soit achevée et atteigne sa finalité.
Baal HaSoulam, « L’Enseignement de la Kabbale et son essence »
↑ Back to top